3e édition du Programme Faroverde Annonce officielle des projets soutenus en 2026/2027

Qu’est-ce que le programme Faroverde ? Lancé en 2023 par la Fondation pour les Enfants de l’Équateur (FEÉ), le programme Faroverde est une initiative de coopération internationale dédiée au financement de projets locaux en Équateur. Son nom porte deux sens. Faroverde signifie « Le phare vert » symboliquement, une lumière dans l’obscurité. La couleur verte évoque l’espoir et célèbre la nature du pays et le phare est un hommage aux Sœurs de Miséricorde de Montréal, dont l’engagement historique auprès des populations les plus vulnérables est au cœur de la mission de la FEÉ. Faroverde soutient des organisations de la société civile équatorienne dirigées par des femmes, engagées dans des actions concrètes de transformation sociale.

Il est structuré autour de trois axes stratégiques prioritaires :

  • Lutte contre les violences exercées contre les femmes et les enfants (prévention des violences, promotion du droits, renforcement des mécanismes communautaires de protection)
  • Prévention et promotion de la santé mentale (bien-être psychosocial, approches préventives et culturellement adaptées, renforcement des capacités locales d’accompagnement)
  • Développement de l’entrepreneuriat et de l’autonomie économique des femmes (renforcement des moyens de subsistance, innovation sociale, autonomie financière)

Pour 2026, la FEÉ a reçu 15 dossiers de candidature. Chaque proposition a été évaluée par un comité binational composé de membres équatoriens et montréalais, selon quatre grands critères :

  • Pertinence : alignement avec les axes stratégiques et la mission de la FEÉ, ancrage territorial, compréhension des besoins
  • Impact : portée auprès des bénéficiaires, durabilité des résultats, contribution au changement collectif
  • Solidité financière : budget réaliste et détaillé, diversification des sources, efficacité des coûts
  • Capacité organisationnelle : expérience de l’équipe, ancrage communautaire, gestion et suivi

Cinq projets ont été retenus, pour une enveloppe totale de 75 000 $.  Tous débutent en 2026 et prendront fin en 2027.


Projet 1 : Sanando juntas (Guérir ensemble)

Organisation : Fundación Vida Plena

Territoire : Otavalo, Ibarra, Cotacachi, Province d’Imbabura

Durée : 10 mois

Financement FEÉ : 20 000 $

Site internet : vidaplena.global

Dans les communautés rurales kichwas d’Imbabura, la dépression, les traumatismes et les pensées suicidaires sont des réalités taboues, souvent portées dans le silence. Les ressources en santé mentale sont quasi inexistantes et quand elles existent, elles sont inaccessibles : en espagnol, en ville, payantes. Pour des femmes qui vivent à des heures de route du centre-ville le plus proche, dans des communautés où parler de souffrance psychologique est encore vécu comme une honte, le système de santé traditionnel n’est tout simplement pas une option.

C’est la deuxième année consécutive que la FEÉ soutient Fundación Vida Plena et son projet Sanando Juntas. L’organisation a développé une réponse qui contourne ce mur : plutôt que d’envoyer des professionnels de l’extérieur, elle forme des femmes issues des communautés elles-mêmes pour animer des groupes de thérapie interpersonnelle de groupe (TIP-G), une méthodologie reconnue par l’Organisation mondiale de la Santé comme traitement de première ligne contre la dépression. Ces groupes de 6 à 8 femmes se réunissent chaque semaine, dans des espaces communautaires accessibles, entièrement en kichwa.

En 2025, 616 femmes ont participé à 26 groupes thérapeutiques dans la région d’Imbabura : 80 % ont présenté une amélioration significative de leur état dépressif, 81 % ont réduit leurs pensées suicidaires. Après avoir implanté ce modèle avec succès à Quito, où plus de 1 600 femmes ont été accompagnées depuis la fondation de l’organisation, Vida Plena étend aujourd’hui son action aux cantons d’Otavalo, Ibarra et Cotacachi, avec l’objectif d’atteindre 240 nouvelles femmes sur dix mois. Chaque facilitatrice formée reste dans sa communauté bien après la fin du financement. C’est ce qui donne à ce projet sa durabilité.


Projet 2 : Hogaza madre, el sabor de la vida (Saveur de la vie)

Organisation : Fundación Huancavilca

Territoire : El Guasmo, Paroisse Ximena, Guayaquil

Durée : 6 mois

Financement FEÉ : 18 900 $

Site internet : huancavilca.org.ec

Dans le quartier populaire d’El Guasmo, au sud de Guayaquil, entreprendre n’est pas un choix facile pour une femme cheffe de famille. Sans revenus stables, sans accès au crédit, souvent seules à la tête d’un foyer, beaucoup vivent dans une dépendance économique qui les expose à la violence.

C’est exactement là qu’intervient la Fundación Huancavilca avec le projet Hogaza madre, el sabor de la vida. Trente femmes vont être accompagnées sur six mois pour développer une activité entrepreneuriale dans la boulangerie et la pâtisserie artisanale. En plus de la formation culinaire assurée par un chef professionnel avec 28 ans d’expérience en gastronomie, elles apprendront à tenir une comptabilité, fixer leurs prix, vendre sur un marché, utiliser les réseaux sociaux pour trouver des clientes, et construire avec d’autres entrepreneures un réseau d’entraide qui dure.

L’entrepreneuriat féminin transforme bien plus que les finances. Il restaure la confiance, crée de l’indépendance et change le rapport de force à l’intérieur du foyer. C’est pourquoi le projet associe formation technique, gestion d’entreprise et accès aux marchés avec l’appui de l’Université Catholique Santiago de Guayaquil (UCSG) et de l’Université d’État de Milagro (UNEMI) pour les modules en numérique et marketing. 

La Fundación Huancavilca travaille dans les quartiers populaires de Guayaquil depuis près de 30 ans. Son modèle a déjà fait ses preuves, en 2025 de nombreuses femmes accompagnées lors de l’édition précédente ont ouvert un compte bancaire ou accédé à un crédit en leur propre nom pour la première fois de leur vie.


Projet 3 : Autonomía y protección integral para mujeres en Monte Sinaí (Autonomie et protection intégrale pour les femmes à Monte Sinaí)

Organisation : Fundación María Guare

Territoire : Monte Sinaí, Paroisse Tarqui, nord-ouest de Guayaquil

Durée : 6 mois

Financement FEÉ : 13 500 $

Site web : fundacionmariaguare.com

À Monte Sinaí, secteur du nord-ouest de Guayaquil, des femmes cheffes de famille portent une triple charge : elles élèvent seules leurs enfants, vivent dans une précarité économique profonde, et sont exposées à une violence intrafamiliale que le système peine à voir, et encore moins à sanctionner. Entre janvier 2024 et février 2025, le service d’urgence national ECU 911 a enregistré 851 appels pour violence intrafamiliale dans ce seul secteur. Aucun service juridique ou psychologique gratuit n’existe sur place.

Fundación María Guare travaille depuis 35 ans à restituer aux femmes leurs droits. Son approche est intégrale : une femme en situation de violence ne reçoit pas seulement un conseil juridique ; elle est accompagnée psychologiquement, socialement, et dans ses démarches, par une équipe qui se déplace si nécessaire jusque dans son domicile pour aller chercher celles qui n’osent pas franchir une porte.

Sur six mois, le projet accompagnera 120 femmes individuellement à travers des consultations gratuites (psychologiques, juridiques et sociales) et réunira 200 femmes dans des ateliers collectifs sur leurs droits, les voies de recours disponibles et le renforcement de leur confiance en elles. Des référentes communautaires seront également formées pour que les acquis restent dans le quartier bien après la fin du financement. C’est la deuxième fois que la FEÉ soutient la Fundacion María Guare, une relation de confiance qui s’est construite en 2023 dans le secteur de Pascuales.


Projet 4 : Primeros auxilios en derechos humanos y protección comunitaria frente a la violencia en Guayaquil (Premiers secours en droits humains et protection communautaire face à la violence)

Organisation : Comité Permanente por la Defensa de los Derechos Humanos (CDH : Comité permanent pour la défense des droits humains)

Territoire : Nord-ouest de Guayaquil

Durée : 6 mois

Financement FEÉ : 17 200 $

Site web : cdh.org.ec

À Guayaquil, quand une femme leader de quartier se retrouve face à une détention arbitraire, une disparition ou une situation de violence aiguë, elle réagit à l’instinct, sans formation, sans protocole, sans ressources. C’est exactement ce vide que le CDH cherche à combler ; et c’est le premier projet de Faroverde à s’attaquer directement à la question de la sécurité, sans détour.

Le CDH, fondé en 1982 à Guayaquil à la suite de la répression d’une grève nationale des travailleurs, travaille depuis 44 ans sur la défense des droits humains en terrain difficile. Il a plaidé devant la Commission interaméricaine des droits humains, documenté des centaines de cas de violations, et construit au fil des années un réseau de défenseurs communautaires dans les quartiers les plus exposés de la ville. C’est cette expérience concrète qu’il met aujourd’hui au service des femmes du nord-ouest de Guayaquil.

Son projet forme 150 femmes défenseures communautaires aux « premiers secours en droits humains » : six modules pratiques sur deux semaines pour apprendre quoi faire dans les premières heures d’une crise : identifier une violation, alerter les bons interlocuteurs, orienter la victime vers les services disponibles, documenter les faits, agir sans se mettre en danger. Ce n’est pas de la théorie. C’est de la survie organisée.

En parallèle, un guide communautaire des droits sera développé directement avec les femmes du terrain, un outil accessible, ancré dans le contexte spécifique du nord-ouest de Guayaquil, qui ne finira pas dans un tiroir mais restera dans les mains de celles qui en ont besoin. Le troisième axe du projet est rare dans ce type d’initiative : un espace d’auto-soin pour les défenseures elles-mêmes. Parce que les femmes qui passent leurs journées à gérer la détresse des autres ont aussi besoin d’un espace pour déposer la leur.


Projet 5 : Componente complementario de fortalecimiento de la respuesta integral a víctimas/sobrevivientes de violencia basada en género (Volet complémentaire de renforcement de la réponse intégrale aux victimes/survivantes de violence basée sur le genre)

Organisation : Centro Ecuatoriano para la Promoción y Acción de la Mujer (CEPAM Guayaquil)

Territoire : Canton Guayaquil et Canton Santa Elena

Durée : 6 mois (1er juillet – 31 décembre 2026)

Financement FEÉ : 5 400 $

Site web : cepamgye.org

Pour une femme, un enfant ou une adolescente survivant de violence basée sur le genre, l’accompagnement ne s’arrête pas à la première consultation. Une crise peut survenir n’importe quand, et l’équipe doit alors se déplacer, parfois dans l’urgence, pour intervenir. Un appui matériel imprévu peut faire la différence entre une survivante qui reste isolée et une qui peut se reloger, se nourrir ou poursuivre ses démarches. C’est cette continuité, souvent invisible mais essentielle, que ce projet vient consolider.

Ce volet complémentaire vient renforcer le modèle d’attention intégrale et spécialisée que CEPAM Guayaquil déploie déjà dans ses centres d’attention du Guayas et de Santa Elena. Concrètement, le financement permet le déplacement des équipes techniques pour le suivi et l’accompagnement des cas les plus critiques, ainsi que la remise d’apports d’urgence aux survivantes, avec le registre documentaire rigoureux que ce type d’appui exige.

Le projet inclut également deux journées d’auto-soin destinées aux filles, aux adolescentes et aux femmes accompagnées. Parce qu’accompagner un parcours de reconstruction après la violence demande aussi de prendre soin de sa propre santé émotionnelle, ces espaces offrent un moment pour souffler, se retrouver entre survivantes et amorcer un travail de récupération psychologique, dans un cadre pensé selon des principes stricts de confidentialité, de sécurité et de non-revictimisation.

CEPAM Guayaquil porte ce projet avec 43 ans de présence dans les communautés. C’est l’organisation qui a documenté les premiers cas de féminicide dans le Guayas et participé au contentieux stratégique Paola Guzmán devant la Commission interaméricaine des droits humains (CIDH).


Remerciements

La FEÉ remercie toutes les organisations qui ont soumis une candidature cette année. La qualité et la diversité des dossiers reçus témoignent de la vitalité de la société civile équatorienne. Nos remerciements vont au comité d’évaluation binational, membres équatoriens et montréalais, qui a examiné chaque candidature avec rigueur et souci d’équité. La FEÉ tient à exprimer sa reconnaissance particulière à la Fondation Marcelle et Jean Coutu, dont le don généreux a rendu possible l’ouverture d’un fonds de dotation Faroverde. Ce geste de confiance inscrit le programme dans la durée et lui donne les moyens d’une ambition à long terme. Nous remercions également les Sœurs de la Miséricorde, dont le soutien est indéfectible. Enfin, la FEÉ remercie ses donatrices et donateurs, dont la confiance rend ce programme possible. C’est leur soutien qui permet à ces cinq projets de voir le jour, et à des centaines de femmes équatoriennes de trouver dans leurs communautés les ressources dont elles ont besoin pour avancer.

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